Pour la troisième année consécutive, des élèves ingénieurs de Mines Saint-Etienne (de deuxième année et troisième année) et des élèves d’école d’art (de deuxième année jusqu’à la cinquième année) vont travailler ensemble lors d’un workshop d’ouverture intitulé “Désenvouter, pirater, hacker la finance” du 20 au 23 mars 2018, proposé par le laboratoire sauvage “Désorceler la finance”.
Les marchés financiers sont présents dans nos vies, ostensiblement, et le sont paradoxalement de manière invisibles et impalpables. Ils semblent intouchables et leur pouvoir sorcier nous paralyse. Alors, comment les artistes, les designers, les codeurs, les ingénieurs peuvent-ils/elles créer des moyens de penser des alternatives, d’agir sur le réel, de dépasser l’état d’empêchement, de renvoyer le sort à l’envoyeur ? Ainsi pendant ce workshop seront imaginés, à partir des pratiques et expériences personnelles, des objets, outils, actions ou protocoles magiques contestataires allant du détournement au hacking. Il sera donc l’occasion d’expérimenter ce que la fiction a de réelle et ce que la finance a de fictionnelle, pour enfin amorcer le désorcelement.

Exposition du Laboratoire Desorceler la finance
Les années précédentes ce type de workshops a déjà été organisé par l’Ecole Supérieure d’Art et Design de Saint-Etienne (ESADSE) et Mines Saint-Etienne, cette année l’Ecole Nationale Supérieure des beaux-arts de Lyon (ENSBA Lyon) est également partenaire. Ce worskshop a lieu dans le cadre d’ un séminaire intitulé « ELIF 2 – Transparence ». Les séminaires ELIF sont organisés par l’Unité de Recherche Numérique en Art et Design de l’ENSBA Lyon et de l’ESADSE. Cette année ce workshop est donc organisé également en partenariat avec l’école des Mines de Saint-Étienne. ELIF propose de suivre les pistes tracées par les créateurs-défricheurs au sein de notre écosystème numérique. ELIF, sous forme de journées de réflexion et de workshops, souhaite donner le temps de découvrir et comprendre des projets non standards. En installant les conditions d’un dialogue avec les acteurs de cette scène en perpétuelle réinvention, ELIF tente d’identifier les continuités, les ruptures, les articulations et les zones de frottement issues de ces productions.
Le workshop se déroulera sur deux sites simultanément, Lyon et Saint-Etienne, chaque site étant dédié à une approche :
- Approche “incantatoire” au laboratoire NRV de l’ENSBA Lyon, encadré par Luce Goutelle (artiste et metteure en scène) et Camille Lamy (designer). Ici, à chacun.e d’interroger sa propre pratique créative, son engagement et son rapport à la finance. Toutes formes sont possibles, objets, outils, actions, dispositifs et protocoles, sans limites de format. La magie et/ou la sorcellerie sont à concevoir comme méthode/prisme par lequel aborder et agir sur la finance.
- Approche “alchimique” au Random(lab) de l’ESADSE par Fabrice Sabatier (Designer graphique). Cette approche orientée data et algorithmes pourra prendre la forme de visualisations de données (rendre visible l’invisible), s’incarner dans des objets fabriqués en prototypage rapide (rendre palpable l’impalpable) et/ou constituer des dispositifs numériques de détournement des logiques ou protocoles propres à la finance (hacking).
Déroulé indicatif du workshop sur les deux sites :
MARDI 20 MARS – (jour 1)
9h30-10h30 : présentation du laboratoire sauvage.
10h30-12h : moment d’échanges sur les problématiques de l’économie et de la finance.
12h30 (Ensba Lyon et visio-conférence à l’ESADSE) : Conférence “Crypto currencies & art of financial hacking” avec Brett Scott (ex-courtier, hacktiviste)
14h-15h : exemple de réalisations et apport de références.
15h-17h30 : définition des groupes de travail et délimitation commune des projets.
MERCREDI 21/JEUDI 22 MARS – (jour 2 et 3)
9h30-18h : développement collectif des projets
VENDREDI 23 MARS- (jour 4)
9h-11h : Bouclage des projets
11h-14h: Restitution, retours sur l’expérience de la semaine et fin du workshop à l’Ensba Lyon
Ce workshop encadré par Damien Baïs (Professeur Esadse, chercheur Unité de Recherche numérique), Agnès Crepet (Responsable du Pôle Pédagogique Mines Saint-Etienne et également enseignante en informatique) et David-Olivier Lartigaud (Professeur Esadse-Ensbal, chercheur Unité de Recherche numérique)
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À propos du laboratoire sauvage “Désorceler la finance” :
“Désorceler la finance” est un laboratoire sauvage de recherches expérimentales mené par la compagnie Loop-s. Créé en 2017 cet espace multidisciplinaire réunit artistes, citoyens et activistes sur une durée de 4 ans (2017-2020). Entre rites initiatiques, infiltrations au coeur de la machine, club de lecture en marge, émissions radio et autres conférences pirates, “Désorceler la finance” avance au rythme de créations visuelles et sonores, de workshops, de performances et d’écritures expérimentales.
La crise traversée par les pays occidentaux est la crise d’un système tout entier. Pour en sortir, il nous (nous : citoyen.ne.s, artistes et activistes) semble urgent de se réapproprier les enjeux liés au fonctionnement de ce système et de la société qui l’abrite – quitte à se saisir de ses aspects à première vue incompréhensibles et inaccessibles ; quitte à s’attaquer au coeur de la machine.
Mais serions-nous ensorcelé.e.s pour qu’il nous paraisse tellement difficile voire impossible de s’attaquer à cette machinerie mortifère? Comment déconstruire le langage de l’économie? Comment se le réapproprier pour le reconstruire?
Finance et sorcellerie… Deux mondes qui paraissent à première vue aux antipodes et pourtant… Suivant le terme utilisé par l’anthropologue Jeanne Favret Saada, «désorceler» serait une manière de retourner le maléfice à l’envoyeur, de lui renvoyer l’envers de ses pouvoirs, pour contribuer à se libérer de son emprise et nous redonner une capacité d’agir (un pouvoir de faire). Voilà qui nous semble prometteur, et certainement un terrain de recherche incroyablement fertile tant dans une perspective esthétique que politique.
https://www.facebook.com/desorcelerlafinance/
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Cette édition d’ELIF se déroule en partenariat avec le labo NRV et bénéficie du soutien de la DGCA du Ministère de la Culture. La participation des étudiants des Mines au workshop « Désorceler la finance » a été rendue possible grâce au soutien de la Région AURA.